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« Je dois me battre contre moi-même si je veux réussir ! » Cette phrase, je l’ai entendue il y a quelques semaines, de la bouche de Paul, un athlète que je prépare actuellement au triathlon. C’était lors de la première séance, et c’est même l’une des toutes premières phrases qu’il a prononcée lors de cette rencontre. Il y en avait d’autres du même type, énormément même, et toutes allaient dans une même direction : l’idée d’une guerre interne entre sa volonté consciente et sa « nature profonde », guerre de tous les instants qu’il devait mener pour conserver son niveau de performance et espérer s’améliorer… Ce discours, je l’ai entendu de nombreuses fois, dans des termes souvent très proches : pour beaucoup de sportifs, le salut est dans l’hyper-contrôle, dans la « victoire » du conscient sur l’inconscient… une aberration qui fait froid dans le dos.

Une histoire de croyance…

Il y a une croyance derrière tout cela, et vous connaissez sans doute le principe : une croyance est une idée qui ne peut être prouvée, mais qui est vécue comme étant une certitude, à tel point qu’elle finit par créer une réalité. Cette croyance est celle d’une nature profonde, de l’inné. La croyance qu’un trait de caractère est immuable. Paul se voit comme quelqu’un qui manque de volonté. De l’extérieur, je pense que beaucoup de personnes aimeraient manquer de volonté comme lui, mais le problème d’une croyance n’est pas de savoir si elle est réelle ou non, mais bien de mesurer son influence. Dans son cas, cette croyance prend naissance dans l’enfance, comme souvent, dans un message véhiculé par des proches, des petites phrases assassines prononcées régulièrement. Des « tu te laisses aller », « tu pourrais faire mieux »… et bien d’autres encore. Certaines personnes se laissent abattre par ce type de phrase, mais pour Paul ça a été l’inverse : il s’est opposé à cette idée. Cela l’a aidé, longtemps, cela l’a sans doute amené à son niveau d’aujourd’hui, qui est impressionnant… mais désormais c’est aussi devenu un handicap : se battre sans cesse contre soi épuise, crée de la tension, de la dureté et surtout diminue le plaisir, qui est l’un des principaux moteurs de notre cerveau sur le long terme !

Peut-on changer « en profondeur » ?

L’idée de Paul avec l’hypnose était celle-ci : « Endormez-moi, et dites à mon cerveau que je suis motivé en permanence, pour que je me réveille tous les jours avec cette motivation ». Là aussi, c’est souvent à peu près ce que les personnes qui découvrent l’hypnose en comprennent. Il y a ce cliché avec l’hypnose, celui que le praticien va changer quelque chose en nous, qu’il va « corriger » notre fonctionnement en glissant des suggestions qui vont nous transformer.

Vous avez déjà vu un spectacle d’hypnose sans doute ? Les hommes de scènes utilisent ce genre d’artifice, c’est ce que la télévision retransmet, c’est l’image de notre art… mais ce n’est qu’une image.

A chaque fois, il faut faire de la pédagogie, et expliquer que l’hypnose n’est que – mais c’est si important – un accélérateur de changement. Qu’elle n’a rien d’un coup de baguette magique, qu’elle est une exploration des processus inconscients. Mais surtout, il y a besoin d’expliquer que le changement est quelque chose de naturel, et que c’est la stagnation qui ne l’est pas : quand un comportement non désiré est installé, alors notre but est de recréer du mouvement, de l’ouverture.

Pourquoi une personne a parfois du mal à changer ? Justement parce qu’elle se bat contre elle-même ! La volonté ne crée que des changements artificiels… et si l’hypnose consistait à ordonner un changement, alors ce serait tout aussi vain : le résultat n’existerait qu’à court terme, et il risquerait de créer de nouvelles résistances !

C’est justement en mettant la volonté sur pause que l’hypnose apporte des solutions : c’est notre inconscient qui mène la barque, c’est lui qui crée nos ressentis, nos émotions, nos envies. C’est lui aussi qui fait fonctionner notre corps. Se battre contre lui est vain, et la solution est souvent à l’inverse : l’écouter, le comprendre, s’allier à lui. Non pas pour le contraindre, mais pour le faire coopérer. L’hypnose est une négociation entre conscient et inconscient, une négociation qui a pour but de dessiner un changement véritablement profond, et durable.

S’allier à soi-même.

Pour Paul, cela est passé par le fait de changer l’idée qu’il avait de lui-même, de faire « le deuil » de la représentation qu’il avait construite. Elle l’avait aidé à grandir, mais il avait besoin d’une autre étape désormais. Cela a pris quelques séances, chacune corrigeant progressivement son regard sur lui-même, le libérant d’anciens apprentissages. En coaching, on dit que l’on aide une personne à « poser ses valises ». Ce changement lui a permis de remettre du plaisir dans sa pratique quotidienne : « J’ai la sensation maintenant quand je m’entraine, que tout en moi, va dans la même direction, c’est comme s’il y avait plusieurs parties en moi : avant elles étaient tiraillées, chacune dans une direction différente, maintenant elles convergent, elles vont vers le même but. C’est encore plus fort et visible quand ça devient difficile ».

Nous n’avons pas à l’école le cours « d’éducation mentale et émotionnelle », vous savez, ce cours on l’on aurait pu, du apprendre la façon dont nos différents cerveaux fonctionnent. Ce cours, où l’on aurait appris à générer des émotions en fonction de nos besoins et où nous aurions appris que nous n’avons pas vraiment de nature profonde, mais des possibilités et donc des choix, que l’on peut faire ou refaire plusieurs fois dans notre vie. La plupart des personnes qui atteignent le plus haut niveau finissent, d’une façon ou d’une autre, par comprendre par elles-mêmes comment gérer la pression, faire évoluer des comportements, parvenir à évoluer encore et encore. Parfois elles y arrivent toutes seules, parfois elles passent par une technique comme l’hypnose ou l’auto-hypnose. Mais dans tous les cas, au final, cela passe par une exploration de soi et surtout une alliance avec soi…